La Luciole Littéraire, épisode #014 : La Servante écarlate

Je ne pensais pas dédier un jour un épisode à cette œuvre, dont tout le monde parle depuis son adaptation en série télévisée par Hulu, et qui résonne douloureusement avec notre actualité. D’autant que j’avais déjà abordé ce sujet dans deux articles, Sept lectures favorites en 2017 et The Handmaid’s Tale : du roman contemplatif à la série chorale. Mais dans un contexte où l’accès à l’IVG est de plus en plus mis à mal (je pense aux nouvelles législations des États-Unis), consacrer un épisode du streetcast à La Servante écarlate s’est imposé. J’espère pouvoir vous apporter un point de vue intéressant sur ce roman terrible, qui livre le monologue intérieur d’une femme de plus en plus aliénée par un régime totalitaire qui lui confisque son corps, son esprit et son nom, au point de la réduire à un ventre procréateur.

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La Luciole Littéraire, épisode #008 : Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin ! (Streetcast)

Dans ce nouvel épisode du streetcast, je vous explique enfin pourquoi, dans mon premier épisode consacré à Créatrices en 1900 de Charlotte Foucher-Zarmanian, j’employais les termes d‘autrice, peintresse et sculptrice, et surtout, je vous présente un ouvrage passionnant : Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin! d’Eliane Viennot, professeure de littérature française du XVIème siècle. Vous y découvrirez que la langue parlée avant le XVIIème était nettement plus inclusive que le français contemporain, et que les membres de l’Académie française qui ont qualifié en 2017 l’écriture inclusive de « péril mortel » n’étaient globalement pas très renseignés. S’ils se sont rachetés cette année en se prononçant en faveur de la féminisation des noms de métiers, n’oublions pas qu’ils y ont résisté pendant des siècles – alors même que ces termes féminins précédaient la création de l’institution, et qu’ils ont été progressivement supprimés par des grammairiens tous plus misogynes les uns que les autres. Alors, êtes vous prêt.e.s à embrasser l’écriture inclusive, vous aussi ? 🙂

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La Luciole Littéraire, épisode #004 : Les Sorcières de la République (Streetcast)

Dans ce nouvel épisode du streetcast, je vous parle d’un roman d’anticipation féministe, Les Sorcières de la République de Chloé Delaume ! Je l’avais déjà mentionné dans mes lectures favorites de l’année 2018 car c’est vraiment une œuvre qui m’a enthousiasmée. J’ai apprécié la satire féroce du patriarcat et de la société de consommation, le style mordant, et surtout, la créativité formelle incroyable dont Chloé Delaume fait preuve au fil des pages.

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De l’intrication du féminisme & de la défense des objets culturels dits « populaires »

Si vous suivez ce blog depuis quelques temps (merci! 🙂 ), vous aurez remarqué qu’il se concentre principalement sur deux axes : le féminisme et les objets culturels considérés comme « populaires » (séries télévisées et « mauvais genres » littéraires, principalement.) J’ai hésité, en créant ce blog, à le restreindre à seulement l’une de ces deux questions, dans un souci de clarté, de « ciblage » du lectorat… J’ai donc procrastiné un moment sur ma « ligne éditoriale » avant de me lancer. Et j’ai finalement décidé de traiter ces deux problématiques quand j’ai pris conscience de leur enchevêtrement. En effet, si les « mauvais genres » et les objets culturels populaires en général bénéficient souvent d’un traitement dédaigneux ou d’une invisibilisation, le phénomène prend une ampleur toute particulière quand on touche à des œuvres assimilées à une culture dite « féminine » : littérature sentimentale, comédies romantiques, magazines féminins, tutos make-up, etc. Dans le grand bain de fange où l’on traîne souvent les objets culturels populaires, les œuvres considérées comme « féminines » sont celles qui raclent le sol de plus près : elles reçoivent à la fois le mépris dû à leur statut « non-académique » et la condescendance misogyne. C’est de cela que je vous propose de discuter un peu dans cet article  – de la façon dont la culture considérée comme « féminine » écope toujours de la double peine.

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Le « Skyler White Effect »: les épouses de fiction ont-elles le droit de ne pas se laisser piétiner?

Cet été, en revenant  de mes vacances champêtres et en découvrant que la nouvelle saison de Better Call Saul était sur le point d’arriver, je me suis replongée, au moins pour quelques épisodes, dans le visionnage de Breaking Bad. Bien entendu, ce n’est jamais la même chose que de revoir, de relire, ou de réécouter une œuvre que l’on a aimée jadis. Comme nous l’investissons de nos valeurs et de notre lecture du monde, nous la percevons toujours de façon nouvelle ; mais je ne vous reparlerai pas ici de la façon dont les lecteurs/spectateurs créent (en partie) les œuvres qu’iels consomment. Je vous parlerai plutôt de ce qui m’a frappée en visionnant cette série pour la seconde fois : l’extraordinaire personnage de Skyler White, et ce qu’il a révélé de notre jugement des femmes, des mères et des épouses dans la fiction.

J’annonce d’emblée que je vais devoir spoiler allègrement pour écrire cet article, alors si vous n’avez pas vu cette excellente série, je vous conseille fortement de vous arrêter là, et de lancer Netflix. Promis, vous ne devriez pas regretter l’expérience 🙂

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The Buffy Review – Saison 1, épisode 5: gender, funérarium et rendez-vous manqué

Bonjour à tous.tes! On se retrouve aujourd’hui pour un nouvel article de The Buffy Review, avec un épisode très intéressant sur les identités de genre!

L’épisode commence par une scène de combat nocturne: Buffy, comme souvent, « patrouille » dans les cimetières afin de tuer des vampires, en compagnie de Giles qui commente sa technique. Mais cette fois-ci, quelque chose les interpelle: le vampire en question porte une bague ornée d’un étrange symbole, un soleil et trois étoiles. Comme on l’apprendra bientôt, il s’agit du signe de l’Ordre d’Aurelius, sorte de secte vampirique dédiée à la protection d’un élu puissant, « The Anointed One. » Vous l’aurez compris: tout cela ne présage rien de bon! Mais Buffy, dans cet épisode, a d’autres soucis en tête: elle a fait la connaissance d’un garçon, nommé Owen, qui lui plaît particulièrement, et souhaite sortir avec lui au lieu d’enquêter

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Les confessions d’une sérievore, épisode 1: ces séries que j’ai revues (bien trop) souvent

Celles et ceux qui me suivent sur les réseaux sociaux le savent peut-être: je vous concocte plusieurs articles qui nécessitent un certain nombre de lectures et de recherches avant de pouvoir être écrits, et qui vont donc me prendre un peu de temps. Du coup, afin de ne pas laisser le blog à l’abandon trop longtemps, j’entreprends aujourd’hui de me lancer dans une petite série de billets plus « légers », Les confessions d’une sérievore, dans lesquels je vous parlerai à chaque fois de trois séries tout au plus, et que j’essaierai d’intercaler entre les chroniques sur Buffy (que j’aime toujours autant rédiger même si elles font partie de mes publications les moins lues.) Aujourd’hui, pour inaugurer la rubrique, je m’apprête à vous parler de ces séries mille fois revues, de l’automne à l’été, du petit déjeuner à la tisane nuit tranquille. Il ne s’agit en rien d’un plaisir nostalgique, puisque ayant grandi dans un foyer sans télévision, je n’ai découvert les séries qu’une fois adulte avec l’avènement du streaming. Il s’agira donc dans cet article de vous parler des fictions télévisuelles qui peuplent régulièrement mon écran depuis quelques années seulement, mais que je connais déjà quasiment par cœur et qui ne parviennent pas à me lasser.

Une petite précision avant de commencer: j’emprunte le terme de sérievore (plus amusant que sériephile!) à la chaîne Youtube Les Showrunners, que j’apprécie tout particulièrement, et qui m’a fait découvrir beaucoup de séries vers lesquelles je ne me serais jamais tournée spontanément (un grand merci s’ils passent par là!)

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The Buffy Review – Saison 1, épisode 4: virginité, virilité et cannibalisme sexuel

Je vous retrouve aujourd’hui pour la suite de The Buffy Review: et je m’attaque au quatrième épisode, à proscrire pour les entomophobes!

On commence avec une scène pour le moins surprenante: Xander, notre comic release sans réelle aptitude au combat, terrasse des vampires lors d’une soirée au Bronze, devant une Buffy toute énamourée. Il s’agit bien évidemment d’un rêve de Xander, assoupi lors d’un cours de biologie. Le spectateur n’en est certes qu’au tout début de la série, mais il a déjà compris que dans Buffy, les demoiselles ne sont que très rarement en détresse, et qu’elles sont tout à fait capables de se sauver toutes seules. Revenu à la réalité, Xander soupire devant une leçon sur les insectes. Quant à Buffy, elle reçoit, non sans surprise, les encouragements de son professeur, le Dr. Gregory, le premier enseignant à faire preuve de bienveillance à son égard. Pas de bol: on le voit se faire attraper par une créature verdâtre juste avant le générique, et son cadavre décapité sera bientôt retrouvé dans l’établissement.

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L’hypocrisie du marketing féministe de Godless

C’est avec enthousiasme que j’ai appris, il y a quelques mois, la future sortie de Godless, le « western au féminin » réalisé par Scott Frank pour Netflix. Le pitch de départ, colporté par les différents médias, nous promettait une série féministe du tonnerre: une petite ville, La Belle, subitement privée de sa population masculine par un accident survenu à la mine, devait faire face à l’adversité et se reconstruire grâce à ses femmes. Sur papier, la série paraissait prometteuse. Pourtant, quand j’ai enfin eu l’occasion de la regarder, un vague goût de déception m’a empli la bouche. Mon engouement est retombé comme un soufflé, et pour être tout à fait honnête, je me suis même endormie quelques fois. Je n’ai pas compris immédiatement d’où venait cette déconvenue. Un western féministe, ça avait tout me plaire, n’est-ce pas? Était-ce moi, le problème? Spoiler: non.

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Violence et féminisme dans Big Little Lies

C’est sur le conseil d’une amie que j’ai commencé Big Little Lies, mini-série réalisée par Jean-Marc Vallée pour HBO, et adaptée du roman éponyme de Liane Moriarty. Sur le papier, j’avoue qu’elle ne m’intéressait pas outre mesure: me fiant aux divers résumés disponibles en ligne, je pensais qu’il s’agissait d’une énième mini-série policière comme on en a vu fleurir beaucoup ces derniers temps, et même le casting prestigieux ne m’inspirait pas une grande confiance. Mais j’ai fini par écouter mon amie et par tenter de regarder le premier épisode, un soir, par simple curiosité. Je ne sais plus exactement ce qui m’a fait comprendre que Big Little Lies allait bien au-delà ce que j’avais imaginé, mais il m’est assez vite apparu que j’avais sous-estimé cette œuvre et qu’elle méritait autre chose que mon indifférence.

Big Little Lies, c’est bien plus qu’une mini-série policière dans une petite ville huppée de Californie, où tout le monde a une maison d’architecte, un salaire exorbitant et une vue sur la mer. C’est bien plus qu’une énième histoire de meurtre ou qu’une version améliorée de Desperate Housewives avec casting grand luxe. C’est une série dramatique et sans enquête, un enchaînement de micro-événements qui se rejoignent dans le flot d’une grande violence. Et c’est, surtout, une série très féministe.

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