Lectures de vacances: le divertissement est-il consensuel?

Il est venu le temps des pique-niques, des barbecues, des piqûres de moustique et des coups de soleil, et avec lui, dans le petit monde littéraire d’internet,  le moment des Summer PAL et des challenges estivaux. Les articles du type « 5 romans à lire cet été » ou « Le top 10 des livres à feuilleter sur la plage » fleurissent dans ma timeline plus vite que les marguerites dans mon jardin, et j’ai décidé de succomber moi aussi à la tendance en vous proposant aujourd’hui un billet pour discuter de ces « lectures de vacances. » Quels livres nous propose-t-on dans ce type de d’articles ? Quels romans associe-t-on à l’idée de détente, de « lecture plaisir », et ce concept même est-il valable? Et pour la touche personnelle : quels livres vais-je mettre dans ma valise cet été?

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Qu’est-ce qu’un « roman de gare »?

Le voici, le voilà! Sonnez hautbois, résonnez trompettes! L’article sur les best-sellers / romans de gare annoncé il y a des mois sur Instagram est enfin arrivé. Enthousiasme.

Celleux qui me connaissent savent bien que cette année, j’ai passé beaucoup, beaucoup de temps dans les gares, et notamment à la Gare du Nord. Celle-ci étant en plein travaux, la seule solution de repli pour ne pas attendre son train debout sous un panneau lumineux est d’aller traîner au Relai et de regarder les livres. C’est ainsi que je me suis aperçue que je n’avais lu, en fin de compte, quasiment aucune des œuvres présentées dans les rayons « meilleures ventes. » Ma curiosité naturelle a fait le reste: que sont, en vérité, les fameux « romans de gare » dont on entend si fréquemment parler comme s’il s’agissait d’un genre littéraire bien défini? De quel bois sont faits ces bouquins censés offrir, d’après l’acception courante, un divertissement facile? Je n’en savais rien. Je me suis donc lancée de le projet de lire plusieurs romans exclusivement trouvés dans les rayons « meilleures ventes » des gares que j’ai fréquentées ces derniers mois (Paris-Nord, Arras, Lille, Paris-Est.) Je ne peux bien entendu pas prétendre avoir fait une enquête exhaustive, mais j’espère que cet article présentera malgré tout quelques éléments de réponse à la question ultime: qu’est-ce qu’un roman de gare (suis-je la seule à me la poser?)

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Classiques et « mauvais genres »: l’établissement d’un canon littéraire, des bancs de la fac à Booktube

Récemment, Le Parisien a publié un article qui a fait bondir la twittosphère : Salon du Livre Paris: des inconnues devenues stars grâce aux réseaux sociaux. Je vous laisse aller lire le billet si cela vous chante, mais soyez prévenu.e.s, e ne sera probablement pas sans grincements de dents, car on y retrouve une critique extrêmement condescendante de Booktube et de Wattpad, mâtinée de mépris pour les littératures de l’imaginaire, pour young adult, et pour les lectrices en général (car oui, l’article est aussi très sexiste.) Un texte d’autant plus horripilant qu’il effectue des confusions nombreuses (Booktube/Wattpad), propose des définitions bancales montrant une profonde méconnaissance du sujet (notamment en ce qui concerne la dystopie) et dénigre Robin Hobb de façon complètement gratuite (et sans aucun lien avec le thème abordé.) Et je ne vous parlerai même pas des maladresses stylistiques (comme quoi, avoir lu Sagan ne garantit pas de savoir s’exprimer dans un français correct.)

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The Handmaid’s Tale: du roman contemplatif à la série chorale

Il y a quelques jours, j’ai enfin terminé de regarder l’adaptation de The Handmaid’s Tale, réalisée par Bruce Miller sur la plateforme Hulu. Comme beaucoup de lecteurs et de lectrices, j’ai toujours une petite appréhension avant de me plonger dans l’adaptation d’une œuvre que j’aime, d’autant que, comme je l’avais expliqué dans un précédent article, The Handmaid’s Tale me semblait, en bien des points, inadaptable. Mais une fois le cap du pilote passé, je dois avouer que j’ai avalé les 9 épisodes restants en quelques jours à peine, et que la série m’a laissée une impression très positive. Cependant, je n’estime pas m’être trompée en qualifiant le roman de Margaret Atwood d’inadaptable: en l’état, il l’est. Sa lenteur et son immobilité oppressante sont effectivement impossibles à retranscrire dans une série. L’univers du récit, en revanche, se prête tout à fait à une adaptation, et la série l’a parfaitement repris pour transformer le roman en une œuvre profondément différente, mais d’une grande qualité. Et c’est, à mon sens, le propre des meilleures adaptations: devenir des re-créations, apporter quelque chose de radicalement nouveau à l’œuvre d’origine, sans pour autant la dénaturer.

Attention, cet article contient des spoilers de la série et du roman!

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7 lectures favorites en 2017

Arrive la fin de l’année 2017, avec ses festivités, ses guirlandes lumineuses et sa désolante absence de neige (du moins sous  mon triste ciel parisien!). Et comme tous les ans à cette période, je profite de mes brefs instants de sobriété pour faire un bilan de mes lectures, afin de conserver les plus marquantes dans un coin de ma mémoire, et de pouvoir en recommander (ou en offrir!) quelques unes à d’autres avides de pages. Voici donc mes 7 plus belles lectures de 2017, celles qui m’ont le plus marquée et que ceux qui me connaissent risquent bien de retrouver sous leur sapin ! (enfin, pour leurs étrennes. Parce que je suis toujours un peu en retard.)

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Les lecteurs font-ils les livres?

Récemment, dans le cadre de ma thèse, je suis tombée sur un petit opuscule de Stanley Fish intitulé Quand lire c’est faire: l’autorité des communautés interprétatives. Stanley Fish est un professeur de lettres américain qui, d’après Marc Escola, « n’est autre que […] ‘le professeur de littérature le mieux payé de la planète‘ (le premier sinon le seul ‘littéraire’ à bénéficier d’un salaire annuel à six chiffres en dollars…) et l’homme de toutes les polémiques sur les questions de politique universitaire comme sur les sujets les plus brûlants du débat public nord-américain. » Voilà qui avait de quoi me rendre curieuse: l’ouvrage de Fish a donc fait partie des tous premiers documents que j’ai consultés à la BNF cette année.

Stanley Fish formule la thèse suivante: une œuvre littéraire n’a pas de sens univoque, d’interprétation parfaite et irréfutable; son sens dépend avant tout des lecteurs. C’est la communauté interprétative qui « fait » l’œuvre, qui lui donne un sens. Pour prouver cette théorie, le professeur va faire des expériences sur ses étudiants: et c’est là que ça devient assez rigolo.

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