La Luciole Littéraire, épisode #019 : Le Temps de lire (Streetcast)

Aujourd’hui, dans la lignée de mon ancien article « Cocooning, Bookstagram et tasses de thé : la lecture est-elle un divertissement ? », je vous propose une réflexion sur le temps que nous consacrons à la lecture. Que signifie le fait de prendre ce « temps pour soi » dans nos quotidiens surchargés de notifications ? Et que dire du support Bookstagram, qui esthétise l’acte de lecture et le transforme en moment de « self-care »? Cette pratique est-elle, comme beaucoup de nos comportements, profondément genrée ?

Pour compléter cet épisode, voici quelques sources à consulter :

  • Janice Radway, Reading the romance (non traduit à ce jour)
  • Viviane Albenga, S’émanciper par la lecture
  • Mona Chollet, Beauté fatale et Sorcières
  • Un article du blog Légothèque sur S’émanciper par la lecture
  • Un de mes anciens articles sur les lectures dites « féminines » (entre autres)

Bonne écoute !

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Un commentaire

  1. De mon point de vue de presque vieux mâle je ne suis pas forcément avec toi dans ton analyse… Trois points :

    – La pratique de mise en scène de l’activité lecture est avant tout une pratique visuelle, relevant des arts visuels et des arts décoratifs, la lecture étant prétexte à une activité féminine bourgeoise classique de production « artistique » visuelle : scrapbooking, peinture, aménagement d’intérieur, chinage de bibelots etc. sont à mon sens l’origine de ces pratiques que l’impératif des réseaux sociaux de type Instagramm vient renforcer : il faut être présent pour exister, il faut produire du contenu pour survivre, il faut produire du contenu competitif pour être (re)connu, la nature du médium est visuelle et est en concurrence avec les activités traditionnelles => on reproduit l’activité traditionnelle avec le thème livre

    – Comme tu le soulignais cette pratique de mise en scène est ELLE largement genrée, plus que la lecture. De même la pratique de mise en scène est liée au caractère genré du mode de partage des lectures, de l’aspect social de la lecture : les books clubs, les activités de bibliothèque, et désormais le partage visuel sont effectivement liés à des pratiques de socialisations féminine ancrée sans aucun doute dans un historique revandicatif (pouvoir être hors de la maison, rencontrer des gens sans la présence du conjoint,… La typologie des lectures peut par ailleurs s’inscrire plus ou moins fort dans l’aspect revendicatif (et à ce titre la lecture de romans à l’eau de rose, outre ce qu’elle perpétue de stéréotypes, me semble moins revendicative que la lecture d’un roman de Hard SF ou d’un traité technique/scientifique), mais je ne suis pas convaincu que l’on puisse dire que la lecture est elle genrée.

    – Le temps de lecture maintenant. Un aspect qui me semble un peu manquer dans ton article est l’analyse du concept même de temps de lecture. L’idée de créer un espace temps dédié, de dire que cette activité là nécessite une identification particulière, ce concept est intéressant et peut-être également une spécificité genrée. Beaucoup de mes amis mâles lisent mais sans spécifier un temps de lecture, moi même je ne me réserve pas de temps de lecture : je lis quand j’en ai l’envie et le loisir (c’est à dire que je n’ai pas une contrainte majeure qui me force à faire autre chose), mais sans planifier ou qualifier le moment.

    Ainsi cette semaine après une journée de travail éreintante j’ai pris un livre et l’ai achevé vers 2h30 du matin, sans plus de formalité. Et au final je lis une petite centaine de romans par an (sans compter la littérature scientifique nécessaire à la préparation de mes interventions ou la lecture d’ouvrages de non-fiction de type littérature antique ou ouvrages d’histoire, par exemple) mais sans jamais me réserver de temps de lecture.

    Le temps que j’y consacre est celui dégagé par des choix de vie (pas d’embouteillages interminables pour moi, je vais au travail en transports en commun et en lisant, peu de repas de midi avec des collègues ou des amis mais par contre une nourriture tant de l’âme que du corps, etc…) et je ne suis pas, au vu de ce que me disent leurs proches de leurs pratiques de lecture, une exception.

    Donc je pense que l’objet « temps de lecture » contemporain (peut être différent de ses avatars anciens, il faut prendre le temps de regarder les choses en diachronie car je crois qu’il y a là aussi des différences) est une création qui permet aussi d’afficher, dans un cadre de nécessaire intégration sociale très marqué chez la gente féminine, le badge « lectrice » face à ses interlocuteurs/followers : c’est l’image associée à cette identification (lettrée, cultivée, douce, …) qui importe plus que la lecture et sans doute que le contenu, dont on ne cherche dès lors pas à assurer une qualité optimale, préfèrent largement suivre les effets de mode et les sorties récentes sans regard ou sélection critique…

    Ceci étant dis, je concluerais cette réaction trop longues avec deux choses :

    – une recommandation : The Library at Night de Alberto Manguel (disponible également en français sous le titre « La Bibliothèque, la nuit », pour ajouter à ta réflexion l’aspect lieu (y compris la temporalité comme lieu), et n’hésite pas à lire son « Une histoire de la lecture » si ce n’est déjà fait
    – une question : aura-t-on le plaisir de te croiser à Sèvres aux Rencontre de l’Imaginaire fin novembre ?

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