The Buffy Review – Saison 1, épisode 6: thérianthropie, bullying et tentative de viol

Cela faisait un petit moment que je n’avais pas publié ici, et je suis très heureuse de vous retrouver pour ce nouvel épisode de The Buffy Review, où nous allons décortiquer l’épisode 6, The Pack (La meute en français), qui est, à mon sens, l’un des plus intéressants et des plus sombres de cette première saison. On y croise des hyènes, des adolescents désagréables, un gardien de zoo sacrément allumé et un mignon petit cochon. En espérant que ce programme vous tente, lançons-nous dans l’analyse!

Tout commence lors d’une sortie scolaire au zoo de Sunnydale, au cours de laquelle nous faisons la connaissance d’un charmant groupe de quatre harceleurs.ses qui essaient de se moquer de Buffy avec des punchlines assez minables (il faut dire que c’est assez dur de battre notre chère Tueuse dans ce domaine.) Comme ces quatre trublions ne sont pas nommés une seule fois au cours de l’épisode, je me contenterai de les appeler « les bullies », et je suis sûre que vous me pardonnerez gentiment cette énième incursion du franglais sur le blog 😉

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Non contents de se moquer allègrement de leurs pairs, les bullies sont en plein cliché de rébellion adolescente et décident très intelligemment d’aller dans la partie interdite du zoo pour observer les hyènes, traînant dans leur sillage un pauvre élève harcelé, trop terrifié pour dire non. Témoin de la scène, Xander décide de s’engager à leur suite dans l’enclos aux hyènes afin de porter secours à leur victime. Mais un étrange pentacle orne le sol de la pièce, et soudain, alors que nos bullies terrifient leur proie, les yeux des hyènes s’allument d’une lueur verdâtre sinistre… qui se réfléchit dans ceux des quatre bullies, et de Xander. C’est alors que commence l’escalade de la violence : dans un premier temps, les bullies et Xander deviennent inséparables, prennent des airs prétentieux et sont désagréables avec tout le monde. Xander, au début seulement irritable, devient de plus en plus cruel et finit par tenir des propos très blessants à Willow. On arrive au paroxysme lorsque les bullies dévorent tout cru le mignon petit cochon qui est devenu la mascotte de Sunnydale High, et surtout, quand les même larrons se font un banquet cannibale avec le principal du lycée (heureusement, Xander ne participe pas à cette scène.) Buffy, Willow et Giles comprennent qu’il s’agit d’une forme de possession animale et réussissent, en dépit de la trahison du gardien du zoo qui prétend les aider alors qu’il est à l’origine du problème, à réintégrer l’esprit des hyènes… dans les hyènes. Tout est bien qui finit bien (sauf pour le principal Flutie, bien entendu.)

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Dans cet épisode, et comme bien souvent dans Buffy, le surnaturel est utilisé pour donner à voir de façon plus violente, plus graphique, un phénomène social. Il permet de rendre visible des tensions souterraines parfois difficiles à percevoir: ici, le harcèlement. La thérianthropie (transformation partielle ou totale de l’être humain en animal) ne bénéficie d’ailleurs que d’un traitement très vague: Giles évoque l’existence d’une secte vénérant les hyènes chez les Maasaï, et compare la possession animale à une forme voisine de la possession démoniaque, mais le discours s’arrête là. J’ai tenté quelques recherches sur le lien entre hyènes et Maasaï pour voir si le support mythologique de Buffy était fondé dans ce cas précis, et pour être honnête, je n’ai rien trouvé de probant, si ce n’est que les rites funéraires maasaï impliquent de laisser le corps défunt aux charognards (je vous renvoie à cet article.) Nous ne sommes donc pas, ici, dans un épisode qui réactualise le matériau légendaire : on se demande même un peu pourquoi ce choix des Maasaï, si ce n’est, peut-être, pour montrer un gardien de zoo pas vraiment gêné par l’appropriation culturelle arborer un maquillage spectaculaire (avec les lunettes, avouons que ça a tout de même une certaine originalité.)

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La thérianthropie n’est donc ici, on l’aura compris, qu’un prétexte pour parler de harcèlement et de pression de groupe. On observera d’ailleurs que les bullies avaient ce comportement avant la rencontre avec les hyènes : la possession animale ne fait que pousser leur tendance naturelle vers son paroxysme. Le cas de Xander est plus complexe, puisque que celui-ci, qui n’a aucune inclination pour le harcèlement et qui est même plutôt, en général, moqué par ses pairs, va se retrouver possédé lui aussi et embarqué dans la « meute ». Lorsque Buffy commence à trouver son comportement étrange et qu’elle en parle à Giles, la réaction de celui-ci est d’ailleurs très intéressante: ce que décrit Buffy n’est pour lui, à ce stade, que l’attitude stupide d’un garçon de seize ans (« La testostérone rend tous les hommes idiots, ça passera. » ou encore « Ils se moquent, ils attaquent les faibles, ce sont des comportements typiques des adolescents. ») Si Giles a tort dans le contexte de l’épisode, son discours sert bien entendu à mettre en évidence la triste banalité du harcèlement scolaire. Le fait que Xander entre dans la meute des bullies, alors qu’il est lui-même une victime de bullying, montre également bien le phénomène de pression de groupe qui s’exerce dans ses situations : il faut devenir harceleur pour ne plus être harcelé, passer du côté des « forts. » Et l’ampleur terrifiante que peut prendre le harcèlement est montrée sans détours dans les scènes de cannibalisme : ce qui dévore de l’intérieur se mue, via le prisme surnaturel de Buffy, en une dévoration au sens propre.

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Mais l’une des scènes les plus glaçantes de l’épisode reste, à mon sens, celle où Xander menace directement Buffy, et dans laquelle les dialogues abordent très clairement le sujet du viol. Xander, l’adorable comic release qui en pince un peu pour Buffy sans jamais oser le lui dire (car il sait que ce n’est pas réciproque), devient, ici, un prédateur terrifiant reproduisant un discours sexiste auquel il est habituellement étranger. Je vous traduis ici certaines des phrases qu’il prononce, et qui sont très explicites: « Tu veux du danger, n’est-ce pas? Tu aimes les hommes dangereux. […] Dangereux et méchants, pas vrai? Comme Angel, ton homme mystère? Eh bien, devine qui est devenu méchant. » Tout cela en tenant Buffy plaquée sur le sol ou contre un mur – car la thérianthropie a donné à Xander une force suffisante pour pouvoir affronter la Tueuse.

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On retrouve ici le discours misogyne bien connu du nice guy, le fameux « les filles aiment les bad boys qui leur font du mal, et nous pauvres hommes gentils nous ne trouvons personne. » Le sujet du nice guy est assez complexe, et comme je ne me sens pas le courage de le développer ici, je vous renvoie vers cet excellent article du blog Les Questions Composent, qui explique parfaitement en quoi le nice guy est, en vérité, un pur produit du discours patriarcal et sexiste (tout en croyant sincèrement être gentil et respectueux des femmes.) L’autrice de ce blog a d’ailleurs fait toute une série d’articles sur ce thème, je vous encourage donc à aller l’explorer car tout ce qu’elle écrit sur ce sujet est passionnant et finement analysé. Mais pour en revenir à Buffy: nous sommes ici confrontés directement aux propos d’un nice guy biberonné aux discours sexistes qui, lassé d’être « trop gentil », est prêt à essayer la violence pour obtenir ce qu’il veut. Notre cher Xander serait, en temps normal, bien entendu incapable d’un tel comportement, et on le connait désormais suffisamment pour le savoir. Mais ce que nous montre ici cet épisode, c’est que n’importe quel adorable garçon, une fois imbibé de croyances sexistes, peut devenir un violeur potentiel. Le propos est très fort, et la série montre ainsi de manière frontale que l’agresseur n’est pas forcément l’inconnu dans un parking sombre, mais qu’il peut aussi être l’ami au visage familier (je vous rappelle que d’après les chiffres du HCE, 83% des femmes violées connaissent leur agresseur.) La scène est authentiquement terrifiante, et met en lumière le lien qui existe entre harcèlement scolaire et agression sexuelle – ceux qui ont vu Thirteen reasons why ne peuvent douter que ces thématiques sont souvent imbriquées, et ce notamment lorsque les victimes du bullying sont des femmes. A noter, d’ailleurs, que Buffy, après avoir assommé Xander sans autre forme de procès, qualifie clairement ce qui vient de se passer de « sexual assault. » Les mots sont posés, et le phénomène n’est pas banalisé (merci, Joss Whedon.)

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J’espère que ce nouveau billet vous aura intéressé.e.s, et je vous encourage vivement à respecter les panneaux d’interdiction si vous faites un petit tour au zoo! Bien que ce soit les vacances, je ne conseille à personne de se faire posséder par l’esprit d’un paresseux 🙂

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