Les confessions d’une sérievore, épisode 2: ces séries que j’adore détester

Tout bon sérievore a une au moins une série qu’il continue à regarder tout en la critiquant incessamment dès que l’occasion s’en présente. Fait-il semblant de la détester pour se donner l’air intelligent/hipster/non-conformiste (barrez toute mention inutile)? Ou a-t-il simplement une capacité de résistance incroyable au déplaisir télévisuel? Je ne saurais répondre pour tous les autres sérievores, mais dans mon cas, je dois admettre qu’il y a une vraie satisfaction à détester, décortiquer et critiquer méthodiquement, point par point, une œuvre de fiction déplaisante. Il m’est donc arrivée régulièrement de continuer à regarder des séries que je considérais comme authentiquement mauvaises pour la simple joie perverse de monter dans ma tête une argumentation assassine. Sacré vice!

Je m’emploierai donc aujourd’hui à vous en dire un peu plus sur ces séries que je prends un malin plaisir à calomnier avec une tasse de rooibos!

The 100

the100

The 100 est une série de SF/post-apo produite par la CW, une chaîne s’étant plutôt spécialisée dans les fictions pour adolescents. Pour la pitcher en quelques mots: The 100 se déroule dans un futur relativement proche, où les hommes ont été obligés de quitter la Terre à cause des multiples catastrophes écologiques et de la présence de radiations mortelles. Ils vivent depuis plusieurs générations sur un immense vaisseau-monde en orbite autour de la Terre, l’Arche. Et pour réduire les problèmes de surpopulation sur l’Arche, ils ont établi des lois drastiques: peine de mort à la moindre infraction. Seuls les mineurs ont droit à un emprisonnement (avant d’être exécutés dès leur majorité atteinte, c’est la joie.)  Mais l’Arche se porte mal, le vaisseau n’ayant pas été conçu pour tenir aussi longtemps. Le chancelier décide alors d’envoyer une mission expérimentale sur la Terre afin de voir si celle-ci est de nouveau habitable, et au lieu de chercher des volontaires, il décide d’y envoyer nos délinquants mineurs (après tout, entre ça et la peine de mort annoncée, pas trop de différence.) Voilà donc nos ados balancés sur la Terre, et contraints de survivre dans un monde qu’ils n’ont jamais connu: on est dans une thématique à la Lost, il faut chasser, établir un camp, trouver de l’eau potable, etc. Et comme si cela ne suffisait pas, la Terre n’est pas complètement inhabitée: des survivants des catastrophes y sont présents, et ont recréé une civilisation « primitive », très guerrière, qui vénère la technologie mais ignore comment s’en servir: les grounders.  Bingo: ils parlent anglais, car comme chacun sait, l’hégémonie américaine survit même à l’apocalypse. S’ensuit tout un tas de péripéties diverses, luttes et négociations avec les grounders, découverte de technologies oubliées, etc. L’intrigue se ramifie et une multiplicité de branches tout aussi poussives et absurdes les unes que les autres, et les personnages, qui oscillent entre la simple incompétence et la pure bêtise, se chamaillent constamment avec des airs pénétrés avant de se réconcilier au coin du feu. Bref, dit comme ça, vous vous demandez certainement pourquoi j’ai persévéré dans cette série (même si là, j’admets que je dois avoir une deux saisons de retard.)

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Eh bien en dépit de tous ses défauts, The 100 a, de temps en temps, un petit coup de génie, un rebondissement complètement inattendu et sacrément bien pensé qui relance mon intérêt pour quelques épisodes – lesquels s’enlisent avant de remonter, etc. Je me retrouve prisonnière d’un cycle interminable ennui/intérêt et du coup… j’ai souvent continué malgré moi (fichus scénaristes.) Mais surtout, je dois avouer que The 100, justement grâce à tous ses défauts, stimule mon imagination. Je la regarde en passant mon temps à échafauder des intrigues alternatives qui auraient été, à mon sens, bien plus intéressantes que celles qui sont montrées à l’écran, et cet exercice intellectuel est, pour moi, très motivant et agréable. Je n’ai pas cherché s’il existait beaucoup de fanfictions tirées de The 100, mais je pense que le terrain y est particulièrement propice – et il ne le serait certainement pas autant si la série était une réussite. Concernant les questions de genre, je dois admettre qu’on dénombre une bonne quantité de personnages féminins sacrément badass, et que différentes orientations sexuelles sont représentées – c’est un également un bon point non négligeable.

Cela dit, je ne crois pas que je reprendrais un jour le visionnage de cette série – la naïveté des personnages a eu raison de ma patience!

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Supernatural

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Si mon blog était un peu plus populaire, je craindrais un vrai déferlement de haine en critiquant cette série généralement si appréciée, mais vu mon nombre de vues quotidiennes, je sais que je peux me lancer sans grande inquiétude 😉 Supernatural est aussi une série de la CW (vous allez finir par croire que je m’acharne contre cette chaîne!), et elle en est actuellement à sa treizième saison (et je suis bien loin d’avoir regardé jusque-là.) Le pitch de départ est assez simple: quand les frères Winchester étaient enfants, leur mère est morte dans des circonstances hautement bizarres (et surnaturelles, of course.) Leur père, après cet événement, est devenu chasseur de monstres/fantômes/créatures diverses, et s’est mis à mener une vie nomade, allant de ville en ville pour aller traiter ces phénomènes en consultant les rubriques de faits divers. Les deux frères ont donc vécu on the road, et si l’aîné, Dean, a complètement embrassé ce mode de vie une fois adulte, le cadet, Sam, l’a rejeté et a coupé les ponts avec sa famille pour aller faire ses études à l’université. Mais quand la copine de Sam meurt dans les mêmes circonstances que maman Winchester, celui-ci est ramené de force à la vie de « chasseur », et les deux frères vont sillonner ensemble l’Amérique pour régler les phénomènes paranormaux, et chercher leur père, qui, à peu près au même moment, a mystérieusement disparu.

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Bon, présenté ainsi, je reconnais que ça n’a pas l’air trop mal. Une série nodale de fantasy urbaine, avec le schéma classique du monster of the week, comme bien d’autres excellentes fictions de ce genre – Buffy, pour ne citer qu’elle. Et pour être honnête, Supernatural a certaines qualités: c’est assez distrayant, le côté road movie est plutôt chouette, et les personnages sont sympathiques. Le casting est  convaincant, les acteurs principaux ont une belle alchimie, et on croise, par exemple, l’excellent Mark Sheppard (qui a joué dans deux de mes séries fétiche, Firefly et Battlestar Galactica), ou encore la fantastique Felicia Day. Certains épisodes sont de vraies perles d’humour méta, comme The Monster at the End of This Book ou The French Mistake. Mais voilà, contrairement à Buffy, Supernatural n’a pas de profondeur particulière, pas de second niveau de lecture, pas d’engagement. C’est une pure série d’aventure et de divertissement, qui n’apporte, en fin de compte, pas grand chose, et qui devient très vite répétitive. Sa mythologie, avec ses anges, ses démons etc., est certes bien exploitée scénaristiquement parlant dans les débuts, mais devient très rapidement poussive, et l’inspiration judéo-chrétienne de tout le propos manque cruellement d’originalité. Même si on ne passe pas un moment de torture absolue à regarder un épisode, on s’ennuie furieusement si on a le tort de les enchaîner trop vite. Et le comble? Supernatural est une série souvent sexiste. Les personnages féminins sont bien trop souvent d’innocentes victimes croisées lors d’un épisode et sauvées par les deux héroïques frangins, et les rares qui sont de vrais personnages récurrents finissent généralement par mourir prématurément (car sacrément moins badass que nos frères Winchester, quand même.) Sans parler de l’humour oppressif qui y est constamment employé, à base de « oh la la, Sam, tu pleures donc tu es une fille, ah ah ah » et autres plaisanteries potaches de Dean (qui est de surcroît un genre de tombeur à la Barney Stinson *suivez mon regard excédé.*)

Alors pourquoi ai-je regardé une série que j’ai trouvée pourtant si plate et horripilante? Eh bien, parce que j’ai pris un malin plaisir à la critiquer intérieurement, à identifier les propos oppressifs, les problèmes de construction narrative, et surtout, à la comparer avec Buffy qui était, bien des années plus tôt, infiniment plus innovante, profonde, et engagée. Et oui.

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Je m’arrête pour aujourd’hui, en espérant n’avoir traumatisé aucun sérievore amateur des séries de la CW! Et surtout, si vous avez aimé The 100 et Supernatural, n’hésitez pas à venir les défendre en commentaires et à me donner tort 🙂

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