The Buffy Review – Saison 1, épisode 5: gender, funérarium et rendez-vous manqué

Bonjour à tous.tes! On se retrouve aujourd’hui pour un nouvel article de The Buffy Review, avec un épisode très intéressant sur les identités de genre!

L’épisode commence par une scène de combat nocturne: Buffy, comme souvent, « patrouille » dans les cimetières afin de tuer des vampires, en compagnie de Giles qui commente sa technique. Mais cette fois-ci, quelque chose les interpelle: le vampire en question porte une bague ornée d’un étrange symbole, un soleil et trois étoiles. Comme on l’apprendra bientôt, il s’agit du signe de l’Ordre d’Aurelius, sorte de secte vampirique dédiée à la protection d’un élu puissant, « The Anointed One. » Vous l’aurez compris: tout cela ne présage rien de bon! Mais Buffy, dans cet épisode, a d’autres soucis en tête: elle a fait la connaissance d’un garçon, nommé Owen, qui lui plaît particulièrement, et souhaite sortir avec lui au lieu d’enquêter

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Comme je l’expliquais dans mon analyse du pilote, Buffy fait partie des nombreux exemples de personnages héroïques partagés entre leur sens du devoir et leur désir de normalité. Et si, jusque-là, Buffy a toujours choisi sa mission avant tout, elle est, dans cet épisode, fatiguée de cette double-vie, fatiguée de sa fonction de Tueuse, et souhaite, rien qu’une fois, être une adolescente normale. D’après Giles, concilier vie sociale adolescente et vie de tueuse de vampires est impossible, mais Buffy n’est pas décidée à entendre ce discours. Elle veut tout concilier, tout vivre, tout expérimenter; elle veut pouvoir sortir de la norme sociale de l’adolescente californienne quand il s’agit de tuer des vampires ou des monstres, mais aussi pouvoir s’y conformer quand elle le désire. Comme l’écrit Pascale Molinier* dans son article intitulé Sur la Bouche de l’Enfer: sexualités de Buffy: « Contrairement à Giles qui croit que le superficiel et le profond s’opposent, comme s’opposeraient la vie ordinaire et la mission de l’Elue, pour Buffy, cette opposition n’a pas de sens. Buffy revendique de jouir d’une certaine superficialité […] » Tout l’épisode aborde cette revendication, ce désir de liberté.

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Résistant à Giles, Buffy se rend à son rendez-vous avec Owen. Pendant un bref instant, elle semble heureuse de ce moment de « normalité. » Owen, pourtant, a remarqué la dualité qui se joue en elle, et le lui dit clairement au cours de la soirée: « It’s like you’re two people. » Et comme on pouvait s’y attendre, Buffy est bien vite rattrapée par ses responsabilités de Tueuse: Giles, Willow et Xander sont partis sans elle à la recherche de The Anointed One, et le bibliothécaire est piégé dans le funérarium de Sunnydale, acculé par des vampires de l’Ordre d’Aurelius. Willow, Xander et Angel débarquent au Bronze pour arracher Buffy à son rendez-vous, et demander son aide au cours d’une conversation pleine de sous-entendus que seul Owen ne peut comprendre. Buffy finit par accepter, et promet à Owen de revenir plus tard, mais ce-dernier suit le Scooby gang jusqu’au funérarium. S’en suit un long combat contre les vampires présents, et en particulier contre un spécimen tatoué et colossal que tous prennent pour The Anointed One. Owen, assommé lors des combats, rentre chez lui raccompagné par Willow et Xander. Le lendemain, il annonce à Buffy qu’il souhaite la revoir, et que cette soirée avec elle l’a fait se sentir plus vivant que jamais. Douloureusement, Buffy rompt alors avec lui, craignant que cette intrépidité et ce goût du danger ne se soldent par une mort précoce.

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Au premier abord, il m’est apparu que cet épisode servait à introduire le personnage d’Angel en tant que seul partenaire sexuel potentiel de Buffy. En effet, lors des conversations codées au Bronze, Owen apparaît comme perdu et hébété devant l’étendue de ce qu’il ne saisit pas, là où Angel, averti de la double réalité de Sunnydale, est parfaitement conscient de ce qui est en jeu. A l’issue de l’épisode, Angel est le seul personnage masculin qui rassemble les critères susceptibles d’en faire un bon partenaire: il suscite le désir de Buffy (contrairement à Xander), et il a connaissance de ses deux identités, de l’adolescente et de la Tueuse. Il comprend la dualité du monde dans lequel elle évolue, là où Owen ne serait le partenaire que de l’adolescente, et non de l’Élue. On comprend donc assez aisément la future relation amoureuse qui va se nouer entre Buffy et Angel dans la suite de la série.

Mais tout l’intérêt de cet épisode réside surtout dans l’adhésion, souhaitée par Buffy, à la norme sociale de l’adolescente « frivole », centrée sur les plaisirs. Buffy semble désirer cette assimilation à la norme de genre, au moins temporairement, pour une soirée, mais elle est confrontée à deux risques majeurs. Le premier est bien évidemment lié à sa mission de Tueuse: quand elle décide d’être une adolescente ordinaire, des innocents sont potentiellement en danger. Et la seconde est liée au sexisme: Xander le fait bien remarquer lorsque, dans une scène d’habillage avant le fameux rendez-vous, il mentionne les jugements dépréciatifs qui sont portés, au lycée, sur les filles dites « faciles. » Dans les deux cas, l’assimilation à la norme genrée ne s’effectue pas de façon sereine. Buffy rêve d’une forme de genderfluid, d’identité fluctuante dans laquelle elle pourrait être soit Tueuse, parée de qualités traditionnellement assimilées au masculin, soit adolescente ordinaire, « fille » avec tous les attributs associés à ce genre. Comme l’écrit Pascale Molinier: « Buffy ne croit pas à la profondeur des identités de genre, la féminité peut être mise ou retirée comme un costume, c’est la robe ou la situation de flirt qui fait la fille. Ainsi, dans l’épisode ‘Un premier rendez-vous manqué’ (épisode 5, saison 1), Buffy sort avec Owen, un garçon qui lit Emily Dickinson et qu’elle qualifie de ‘sensible et viril.’ Celui-ci lui demande si elle passe une bonne soirée: ‘oui, répond-elle, j’ai l’impression d’être une fille.’ L’identification à la norme de genre est souhaitée, mais au bout du compte, elle est décevante. Buffy rompt avec Owen, pour le protéger, car il aime trop le danger. ‘Deux jours avec moi et il est mort’, dit-elle. Mais surtout, par différence avec les vampires, il ne crée pas d’intensité érotique, seulement les conditions pour avoir ‘l’impression d’être une fille’ et découvrir très vite que cette ‘impression’ n’est pas si exaltante que ça. »

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On le comprend bien: Buffy n’est pas une « fille » conforme aux clichés sexistes! Elle bouleverse les représentations genrées avec sa double identité de guerrière et d’adolescente qui aime, par moments, les loisirs considérés comme « futiles. » Elle incarne une forme de féminité qui échappe aux stéréotypes – et c’était d’ailleurs toute l’intention de Joss Whedon en créant ce personnage: montrer une héroïne puissante, qui n’a rien de la demoiselle en détresse attendant d’être sauvée, sans pour autant délaisser les activités dites « féminines. » Bref, une jeune femme qui n’a pas besoin de se « viriliser » pour être héroïque! Mais ne pas correspondre aux stéréotypes sexistes, ne pas rentrer dans la case « femme » instituée par le patriarcat, ne se fait pas sans difficulté ni sans amertume. Y adhérer pleinement non plus: on le voit bien, tout au long de l’épisode, avec les remarques de Xander sur le sexisme au lycée, et l’attitude de Cordélia, qui ne se définit que par la validation masculine et qui souffre de voir Buffy désirée à la fois par Owen et par Angel. Dans chacun des deux cas, être une femme dans une société patriarcale renvoie à une insatisfaction, à une condition douloureuse.

Et afin de ne pas vous laisser sur cette note tristounette, je vous livre la meilleure punchline de l’épisode, qui revient cette fois-ci à Buffy elle-même, alors qu’elle enfonce un pieu dans le cœur d’un vampire de l’Ordre d’Aurelius:

« We haven’t been introduced. I’m Buffy and you’re… history! »

* Pascale Molinier, « Sur la Bouche de l’Enfer: sexualités de Buffy », dans Philoséries: Buffy, Tueuse de vampires, dirigé par Sylvie Allouche et Sandra Laugier, Bragelonne, coll. « Essais », 2014.

 

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