Les confessions d’une sérievore, épisode 1: ces séries que j’ai revues (bien trop) souvent

Celles et ceux qui me suivent sur les réseaux sociaux le savent peut-être: je vous concocte plusieurs articles qui nécessitent un certain nombre de lectures et de recherches avant de pouvoir être écrits, et qui vont donc me prendre un peu de temps. Du coup, afin de ne pas laisser le blog à l’abandon trop longtemps, j’entreprends aujourd’hui de me lancer dans une petite série de billets plus « légers », Les confessions d’une sérievore, dans lesquels je vous parlerai à chaque fois de trois séries tout au plus, et que j’essaierai d’intercaler entre les chroniques sur Buffy (que j’aime toujours autant rédiger même si elles font partie de mes publications les moins lues.) Aujourd’hui, pour inaugurer la rubrique, je m’apprête à vous parler de ces séries mille fois revues, de l’automne à l’été, du petit déjeuner à la tisane nuit tranquille. Il ne s’agit en rien d’un plaisir nostalgique, puisque ayant grandi dans un foyer sans télévision, je n’ai découvert les séries qu’une fois adulte avec l’avènement du streaming. Il s’agira donc dans cet article de vous parler des fictions télévisuelles qui peuplent régulièrement mon écran depuis quelques années seulement, mais que je connais déjà quasiment par cœur et qui ne parviennent pas à me lasser.

Une petite précision avant de commencer: j’emprunte le terme de sérievore (plus amusant que sériephile!) à la chaîne Youtube Les Showrunners, que j’apprécie tout particulièrement, et qui m’a fait découvrir beaucoup de séries vers lesquelles je ne me serais jamais tournée spontanément (un grand merci s’ils passent par là!)

Firefly

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Ah, Firefly! Les plus attentifs d’entre vous auront peut-être remarqué que mon pseudonyme fait référence à cette série qui est, pour moi, tout simplement cultissime. Firefly est la série que je regarde plusieurs fois par an, dès que je me sens triste, fatiguée ou en colère. Firefly est la série dont je « m’offre » un marathon pour me récompenser quand je suis contente de moi, quand j’estime avoir bien travaillé, ou quand les vacances débutent. Et comme elle ne comporte qu’une seule saison (et un film), la regarder indéfiniment n’est pas non plus une activité trop chronophage. Bref, Firefly est LA série qui a une place unique dans ma petite existence de sérievore. (Browncoats forever.)

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Pourquoi Firefly? Pourquoi une série que la Fox a annulé au bout d’une saison, et qui n’a pas du tout connu un succès fulgurant au moment de sa diffusion? Difficile d’en parler en si peu de mots, car Firefly mériterait très largement un article à part entière (et il arrivera un jour, promis.) Mais pour faire court: Firefly est une série visionnaire, qui a mis en scène des anti-héros à une époque où ce n’était pas du tout à la mode (et si j’en crois le succès de Game of Thrones, elle cartonnerait certainement aujourd’hui!). C’est aussi une série très intelligente, qui a su ré-exploiter de façon originale les codes de la SF et du western et créer, en une seule saison, une esthétique unique et même un langage propre (Gorram!) tout en contournant brillamment la censure. C’est aussi une série que je trouve personnellement très féministe, dans le sens où elle s’est attachée à déconstruire les stéréotypes féminins très présents dans les fictions télévisuelles. Dans Firefly, la femme-guerrière est aussi une épouse heureuse, la prostituée bisexuelle est une aussi une diplomate très respectée, la mécanicienne affiche des airs de charmante femme-enfant mais parle très librement de sa sexualité et ses désirs, et la voyante, sous son apparente fragilité, se révèle puissante et indestructible. Et pour finir (car oui, promis, après j’arrête!), Firefly est également une perle d’humour whedonien, de réparties qui fusent, de répliques d’anthologie. Les scènes qui pourraient s’avérer grandiloquentes sont toujours désamorcées par l’irruption du comique – et rien que pour collecter des phrases-cultes, cela vaut le coup d’y passer quelques heures de sa vie.

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Friends

Friends

Et oui, même si Friends peut sembler aujourd’hui une série très sexiste, dont l’humour repose souvent sur de bons gros stéréotypes de genres, elle reste une série que j’aime beaucoup. Bien que je connaisse certains épisodes par cœur, je ris toujours aux traits sarcastiques de Chandler, aux bêtises de Joey, aux raisonnements absurdes et aux chansons abominables de Phoebe. Et en dépit de son sexisme intégré indéniable, je trouve Friends très en avance sur son temps en ce qui concerne les questions de genre et la représentation des situations familiales non-conventionnelles. On y croise, entre autres, un couple de femmes homosexuelles mariées avec un enfant, un couple d’ex décidant d’élever leur enfant imprévu sans se remettre ensemble, une mère porteuse mettant au monde les triplés de son frère, de multiples divorces… Bref, des situations nettement moins traditionnelles que dans How I Met Your Mother, qui, bien que beaucoup plus récente, reste très normative et montre surtout le contraste entre les figures stéréotypiques du célibataire endurci collectionnant les conquêtes et du couple monogame, marié ou aspirant à l’être – et c’est d’autant plus horripilant que HIMYM, contrairement à Friends, n’a pas l’excuse de la vétusté. Et puis soyons honnêtes: on n’a rarement autant entendus d’horreurs sur les femmes que dans la bouche de Barney Stinson, et l’humour ne parvient pas à compenser ce déferlement de misogynie gratuite.

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Friends, en dépit de ses défauts dont je suis tout à fait consciente, a eu le mérite de soulever des questionnements intéressants. Rappelez-vous l’épisode où Joey, ayant une coloc féminine (Janine), essaie de ne pas la laisser « féminiser » l’appartement mais se rend compte qu’il adore les pots-pourris et les photos d’Anne Geddes sans vouloir l’admettre devant Chandler, ou celui où Ross refuse d’embaucher un « male nanny » pour son bébé, passe pour un abruti rétrograde auprès des autres personnages, et finit par avouer que cette situation le met mal à l’aise car son père lui a inculqué des valeurs typiques de la masculinité toxique, et qu’il en a lui-même souffert… Bref, bien que problématique par endroits, Friends a mis en scène des situations amoureuses et familiales variées, a proposé des moments de remise en cause des modèles genrés (ce qui était déjà pas mal compte tenu de son époque), et nous a offert de multiples apparitions de Janice. Rien que pour ça, je ne regrette rien!

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Silicon Valley

Kumail Nanjiani, TJ Miller, Thomas  Middleditch, Zach Woods, Martin Starr

Silicon Valley est cette petite perle de HBO que j’attends chaque année avec bien plus d’impatience que Game of Thrones (tout comme ce journaliste de Slate, que je remercie au passage de m’aider à me sentir moins seule!) Chaque fois que le moment de la nouvelle saison approche, c’est plus fort que moi, je re-regarde tout avant d’attaquer les épisodes inédits. Il faut dire que Silicon Valley est vraiment la série culture geek qui a remplacé (et nettement surpassé!)  The Big Bang Theory dans mon petit cœur de sérievore. Silicon Valley se concentre sur un petit groupe de codeurs cherchant à faire percer leurs applications dans le tech world californien surchargé par les géants que sont Google, Apple, et j’en passe. Le personnage de Richard, qui a créé (sans en avoir conscience, au début) un algorithme révolutionnaire, se retrouve tout à coup courtisé par divers investisseurs et grandes entreprises, mais refuse de vendre son invention afin de créer lui-même sa propre société.  De là, on suit toutes les péripéties de la création de la start-up, les difficultés juridiques, techniques, les problèmes de management, les recherches de fonds, et surtout, les affrontements avec les grandes multinationales telles que Hooli (qui ressemble étrangement à Google.) On est clairement dans le topos de David et Goliath, et l’intrigue n’est pas toujours particulièrement élaborée: dans chaque épisode, un problème affectant la start-up est traité, et au moment de la résolution finale, un nouveau problème arrive, laissant tout le monde sur un cliffhanger. C’est certes un peu répétitif, mais Silicon Valley n’est vraiment pas une série que l’on regarde pour sa construction narrative. Ce qui fait toute sa saveur, c’est son humour grinçant, caustique, la critique virulente qui est faite de la tech industry et des milliardaires mégalomanes qui la peuplent.

hooli

La dénonciation est même parfois très explicite : on voit des sommes d’argent faramineuses transiter en quelques secondes, des fortunes naître et fondre en quelques jours, des milliardaires complètement allumés amener des éléphants en salle de conférence ou affirmer à des ouvriers chinois qu’ils ne travaillent pas assez dur avant de rentrer chez eux en jet privé. C’est irrévérencieux, piquant, parfois absurde, et toujours maîtrisé. Concernant les questions de genre, la série présente certes un milieu professionnel très masculin (ce qui correspond encore, hélas, à une réalité), mais les personnages féminins y sont présentés comme très compétents (Carla, Mia) et/ou en position de pouvoir (Laurie, Monica.) Les propos sexistes y sont parfois présents, mais jamais approuvés: ils sont soit clairement identifiés et dénoncés comme sexistes par un personnage lucide (notamment Jared), soit placés dans la bouche de protagonistes caricaturaux et ridicules, qui sont d’ailleurs critiqués et moqués par leurs pairs (Russ Hanneman ou  Erlich.) J’ai notamment en tête une scène mémorable où Erlich tente d’expliquer à Laurie et à Monica ce qu’est le mansplaining… Sans s’apercevoir une seule seconde de l’ironie de la situation. Autant vous dire que c’est nettement plus agréable à regarder que le sexisme intégré pernicieux de The Big Bang Theory!

tenor

J’espère que cet article vous aura semblé plaisant, et surtout que cette petite liste vous aura convaincu.e.s d’aller (re)jeter un coup d’œil à ces séries (si ce n’est pas déjà fait!) On se retrouve bientôt pour la suite de The Buffy Review, et en attendant, je vous invite à aller découvrir quel genre de sérievore vous êtes. Personnellement, je me reconnais dans la marathonienne, l’oracle, et la « Hermione Granger. » Et vous? 🙂

 

4 réflexions sur “Les confessions d’une sérievore, épisode 1: ces séries que j’ai revues (bien trop) souvent

  1. en ce qui concerne Firefly, le petit plus c’est que étant donné que c’est une série peu connue, tu as en plus le privilège de pouvoir sortir le titre de la série , un peu comme un joker mystérieux, dans les fameuses discussions où tout le monde se balance des titres de séries à la figure, et là toi, tu sors le fameux « ah mais, vous ne connaissez pas Firefly? ». Effet garanti

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