The Buffy Review : Saison 1, épisodes 1&2

« The Buffy Review »: le comment et le pourquoi

J’inaugure aujourd’hui la rubrique qui est, en vérité, la raison d’être de ce blog, et qui consistera en une série d’analyses personnelles, publiées le plus régulièrement possible, sur chacun des épisodes de Buffy the vampire slayer.

Pourquoi Buffy? Parce qu’il s’agit d’une série importante, fondatrice, puissante, que j’aurais aimé découvrir plus tôt afin qu’elle m’aide à me construire lorsque j’étais adolescente. J’ai entamé le visionnage de Buffy à vingt-cinq ans, par pure curiosité, afin de savoir ce que j’avais pu « louper » au cours de mon enfance sans télévision. Et à chaque épisode, je me suis retrouvée fascinée par la double lecture offerte par la série, par sa justesse et son intelligence. Je l’ai défendue à cor et à cri face à pas mal de membres de mon entourage qui avaient du mal à imaginer que je puisse y voir autre chose qu’un plaisir coupable ; et à chaque fois, pour appuyer mon propos, je tâchais, maladroitement, de décortiquer un des derniers épisodes que j’avais vu afin de prouver que Buffy allait bien au-delà de la simple distraction. Et à force, on a fini par me dire: « tu devrais écrire tout ça, en parler sur un blog. » Ce sera bientôt chose faite 🙂

Avant de commencer, je tiens à dire que ces articles ne contiendront que mes analyses personnelles de la série, et que je ne prétends en aucun cas détenir le savoir ultime du Buffyverse. J’ajoute aussi que si j’ai lu quelques ouvrages universitaires sur Buffy, je suis loin d’avoir fait tout le tour des Buffy studies américaines, et il est possible que je rejoigne, sans le faire exprès, des analyses déjà faites. Si vous êtes plus familiers que moi avec cette bibliographie, n’hésitez pas me donner les références en commentaires afin que je puisse compléter mes lacunes!

Ah, et une dernière chose: je vais devoir allègrement spoiler la série afin d’écrire ces analyses, alors si vous êtes, comme je le fus moi-même, un « retardataire », évitez de traîner trop longtemps sur ces pages.

Buffy, Saison 1, Episodes 1&2

Commençons donc avec le double-pilote de la série, diffusé pour la première fois le 10 mars 1997 sur The WB aux Etats-Unis.

Comme souvent, le pilote est loin de révéler toutes les qualités futures de la série, et cette analyse ne sera pas, je le crains, la plus passionnante. Cependant, si l’on décide d’étudier ce pilote en recherchant les mêmes éléments que dans un incipit d’œuvre littéraire, il est intéressant de pointer un certain nombre de choses. En effet, l’incipit a pour objectif d’annoncer et de programmer la suite du récit, de présenter le contexte et les personnages, et surtout, d’accrocher le lecteur. Je tenterai, ici, d’étudier le pilote de Buffy en recherchant et commentant ces différents éléments.

La valeur programmatique

Ce que je nomme « valeur programmatique », c’est la toute première fonction d’un incipit, ou d’une scène inaugurale: donner le ton, annoncer le contenu qui va suivre. C’est, en quelques sortes, l’échantillon de parfum des œuvres de fiction. Dans cette optique, les premières minutes de Buffy sont particulièrement intéressantes.

La série s’ouvre sur le lycée de Sunnydale, la nuit, plongé dans l’ombre. Musique inquiétante, classes vides: tout est là pour créer une atmosphère angoissante, l’effet « oh la la il va se passer quelque chose d’horrible » que nous connaissons tous. On nous présente alors un jeune couple qui s’est faufilé dans le bâtiment en cachette. Un jeune homme qui est apparemment un ancien élève du lycée, et sa petite amie blonde (ce détail a de l’importance.)

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D’emblée, c’est le jeune homme qui nous est présenté comme plus aventureux, plus désireux de braver l’interdit: il veut emmener sa copine sur le toit du gymnase pour admirer la vue, mais elle semble hésitante, craintive. « Je ne veux pas monter là-haut », dit-elle. Il insiste, puis essaie de l’embrasser, mais elle se détourne, effrayée par un bruit. Son compagnon se moque d’elle, lui suggère en plaisantant qu’il s’agit peut-être d’une chose surnaturelle, et, avance un peu dans le couloir en demandant s’il y a quelqu’un, très sûr de lui. Il revient ensuite vers elle, rassurant: « il n’y a personne », dit-il. « Tu es sûr? » demande-elle, craintive. « Oui »

Et voilà que notre jolie demoiselle, se retournant d’un geste vif, révèle son visage monstrueux et ses crocs de vampires, avant d’attaquer sauvagement le pauvre boyfriend si naïf.

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Je ne pense pas trop m’avancer en disant que cette première scène contient, à elle seule, toute l’intention de Buffy. Joss Whedon, showrunner et créateur de la série, a en effet rappelé à plusieurs reprises que son objectif, en créant Buffy, était de détourner le cliché sexiste de la jeune fille blonde qui se fait tuer dès les premières minutes du film d’horreur. C’est ici la fonction de cette première scène: montrer que la fragile jeune fille peut être en vérité une prédatrice. Le personnage de la petite amie blonde n’est d’ailleurs autre que Darla, incarnée par Julie Benz, une vampire puissante que l’on reverra à de nombreuses reprises dans Buffy et surtout dans son spin-off Angel. Dans cette première scène, Darla, bien que vampire, est le double de Buffy : la force insoupçonnée, le danger que l’on est incapable de prédire car il existe dans un corps de femme. Ce sera toute la mission de Joss Whedon au cours de la série: montrer l’incarnation, à l’écran, du pouvoir féminin. Pour le citer directement: « La mission première de la série, c’était la joie liée au pouvoir féminin : avoir le pouvoir, l’utiliser, le partager. » (source)

Le cadre: Sunnydale, « The Hellmouth »

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La petite ville de Sunnydale, dans laquelle emménagent Buffy et sa mère, nous est d’emblée présentée, grâce à de nombreuses blagues, comme une petite ville de Californie pas forcément très intéressante au premier abord. Les décors principaux de la série apparaissent tous dans ce premier épisode: la maison de Buffy, le lycée, le cimetière, et le Bronze, club « branché » dans lequel les jeunes de la ville se rejoignent pour écouter de la musique live. C’est d’ailleurs une des grandes joies procurées par le visionnage de Buffy: voir passer, dans quasiment chaque épisode, des musiciens différents au Bronze, ici les Sprung Monkeys, un groupe de punk rock américain. Je suis peut-être un peu vieux jeu, mais ces scènes où l’on voit des lycéens s’éclater à un concert de rock, et non en écoutant un DJ, me procurent un véritable plaisir nostalgique.

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Mais surtout, comme Buffy l’apprend en discutant avec Angel, Sunnydale est située sur une « hellmouth », une « bouche de l’enfer. » Il s’agit donc d’une ville susceptible d’être le cadre de nombreux phénomènes surnaturels et maléfiques, puisqu’elle est elle-même une source d’énergie néfaste. Cet élément scénaristique permet d’éviter intelligemment l’écueil de ce que j’appellerais « The Wisteria Lane problem. » Si vous avez suivi un peu la série Desperate Housewives, vous saurez de quoi je parle: le spectateur commence à se lasser de voir toujours ce même quartier résidentiel être le cadre d’événements plus dramatiques et improbables les uns que les autres (meurtres à répétition, crashs d’avions, et j’en passe.) En faisant de Sunnydale une source naturelle d’événements maléfiques, les scénaristes de Buffy évitent l’artificialité du « oh tiens, c’est dingue tout ce qui se passe dans cette petite ville perdue de Californie! Et comme par hasard, Buffy est là! Quand même, les méchants auraient pu s’arranger pour créer leurs plans démoniaques un peu plus loin de la Tueuse… Ils ne sont pas bien malins ceux-là! » Non. Tout ce qui arrive à Sunnydale est prévisible, on sait que la ville dégage une énergie démoniaque, et si Buffy y habite, c’est parce que le conseil des watchers, qui a pour mission de guider et d’épauler les Tueuses, s’est arrangé pour que sa mère trouve un travail là-bas. Rien n’est dû au hasard et on évite ainsi une bonne dose d’exaspération!

Premiers portraits: Buffy et l’ébauche du « Scooby-gang »

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Buffy, le personnage-titre dont la découverte est très attendue par le spectateur lors de ce pilote, nous est tout d’abord présentée via ses cauchemars (vampires, pieux, symboles mystiques et autres réjouissances) qui ne ressemblent en rien à ceux que l’on pourrait prêter à une adolescente de seize ans. On suit ensuite ses premiers pas dans son nouveau lycée, ses discussions avec d’autres élèves, sa rencontre avec Xander, Willow, Cordelia et Giles. La première chose qui semble constitutive de son personnage, dans ce pilote, c’est la déchirure entre l’importance de sa mission de Tueuse et son désir de normalité. Cette dualité est une caractéristique de nombreux héros contemporains (pensez à Peter Parker, à Harry Potter…) Je n’arrive pas à retrouver l’ouvrage dans lequel j’ai lu cette remarque, mais sachez qu’elle ne vient pas de moi (n’hésitez pas à me donner la référence si vous l’avez, d’ailleurs.) Quoi qu’il en soit, je la trouve particulièrement juste appliquée à Buffy. Sa première rencontre avec Giles est significative. Elle arrive dans la bibliothèque pour demander un livre d’histoire du XXème siècle, et Giles, son watcher, sort immédiatement un grimoire ouvragé sur lequel on peut lire Vampyr en lettres capitales. Aussitôt, Buffy a un geste de recul: ce n’est pas ce qu’elle est venue chercher, elle ne veut plus être la Tueuse. Tout au long du pilote, on la verra lutter entre l’envie d’être une simple jeune fille de seize ans et la nécessité de traquer et de tuer les vampires qui menacent la ville. C’est bien évidemment sa mission de Tueuse qui va « gagner »: impossible, pour Buffy, de laisser ses nouveaux camarades mourir tout simplement car elle veut être normale. C’est déjà, comme ce le sera tout au long de la série, son sens de la responsabilité et du devoir qui triomphe de ses désirs.

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Les autres personnages de la série sont rapidement présentés dans ce double épisode, mais il faut reconnaître que, pour le moment, ils apparaissent comme assez stéréotypés: Willow, le « cerveau de la bande », Xander le « comic-release », Angel le beau ténébreux, Cordelia la peste. Seul Giles, le bibliothécaire anglais et surtout le watcher de Buffy, bénéficie d’un traitement un peu plus développé: il semble constituer, dès le début, une sorte de lien entre le monde des adolescents et celui des adultes (comme expliqué dans l’ouvrage Philoséries – Buffy, tueuse de vampires, dirigé par Sylvie Allouche et Sandra Laugier.) En effet, si Giles apparaît tout d’abord dans le strict cadre de sa bibliothèque, où il incarne une forme d’autorité savante, il vient aussi à la rencontre de Buffy au Bronze, écoutant le concert de rock tout comme ses élèves, bien qu’un peu en retrait. Contrairement à la mère de Buffy, qui, au début de la série, incarne uniquement l’univers figé des adultes, Giles est un personnage intermédiaire, qui fait le lien entre les deux mondes.

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L’humour « whedonien »

Bien sûr, nous ne sommes ici qu’au commencement de la série, et je ne crois pas me tromper en affirmant qu’elle n’a pas encore tout à fait trouvé son « ton. » Cependant, ses qualités humoristiques apparaissent déjà en germe. (« Buffy? What kind of name is Buffy? – Hey Aphrodisia! ») 

Déjà, j’ai été frappée, dans ce pilote, par l’absence de grandiloquence dans les propos des personnages. La mission de la Tueuse pourrait pourtant engendrer bon nombre de discours héroïques pleins d’emphase… Mais il n’en est rien. Le seul moment où Giles se montre quelque peu éloquent, en apprenant au spectateur la mission de la Tueuse (une seule choisie pour combattre le mal, etc.) ses paroles sont reprises en chœur puis moquées par Buffy par un « been there, done that. » Dès lors, Giles ne tentera plus de verser dans dans ce registre et expliquera la mission de la Tueuse à Willow et à Xander de façon lapidaire et détachée:  « The Slayer hunts vampires. Buffy is a slayer. Don’t tell anyone. » soit « La Tueuse chasse les vampires. Buffy est une tueuse. Ne le dites à personne. » Simple et efficace.

Un peu plus loin dans l’épisode, alors que l’événement maléfique en cours, « The Harvest » (« La Moisson »), accapare toute l’attention de notre petit groupe, Giles versera même dans l’humour british décalé qui deviendra une de ses marques de fabrique:  « I’ve been researching this harvest affair. It seems to be a pre-ordered massacre. Rivers of blood. Hell on Earth. Quite charming. » (« J’ai fait des recherches sur cette histoire de Moisson. Apparemment il s’agirait d’un massacre organisé. Rivières de sang. L’Enfer sur Terre. Tout à fait charmant. »)

Et bien entendu, les célèbres punchlines de Buffy commencent à faire leur apparition dans un final mémorable: en plein affrontement avec le vampire Luke, Buffy menace son adversaire de le livrer à la lumière de l’aube, qui lui serait fatale, et brise une fenêtre d’un geste dramatique. Le vampire commence par se couvrir le visage avant de se rendre compte que la vitre brisée ne cache qu’un pauvre réverbère. La Tueuse profite alors de sa distraction pour lui enfoncer un pieu dans le cœur en lançant : « l’aube est dans neuf heures, abruti. »

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Pour conclure

Ce pilote, encore bien loin de révéler toutes les qualités de Buffy, comporte néanmoins les premiers éléments qui feront son succès: sa subversion des stéréotypes, son propos féministe, son héroïne complexe et son humour décalé. Ce n’est pas encore tout à fait en place, mais le potentiel est bien là, prêt à se dévoiler: le meilleur est à venir!

On se retrouve bientôt – je l’espère – pour l’analyse de l’épisode 3, entre magie noire et cheerleaders 🙂

 

 

 

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