Le « Skyler White Effect »: les épouses de fiction ont-elles le droit de ne pas se laisser piétiner?

Cet été, en revenant  de mes vacances champêtres et en découvrant que la nouvelle saison de Better Call Saul était sur le point d’arriver, je me suis replongée, au moins pour quelques épisodes, dans le visionnage de Breaking Bad. Bien entendu, ce n’est jamais la même chose que de revoir, de relire, ou de réécouter une œuvre que l’on a aimée jadis. Comme nous l’investissons de nos valeurs et de notre lecture du monde, nous la percevons toujours de façon nouvelle ; mais je ne vous reparlerai pas ici de la façon dont les lecteurs/spectateurs créent (en partie) les œuvres qu’iels consomment. Je vous parlerai plutôt de ce qui m’a frappée en visionnant cette série pour la seconde fois : l’extraordinaire personnage de Skyler White, et ce qu’il a révélé de notre jugement des femmes, des mères et des épouses dans la fiction.

J’annonce d’emblée que je vais devoir spoiler allègrement pour écrire cet article, alors si vous n’avez pas vu cette excellente série, je vous conseille fortement de vous arrêter là, et de lancer Netflix. Promis, vous ne devriez pas regretter l’expérience 🙂

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Lectures de vacances: le divertissement est-il consensuel?

Il est venu le temps des pique-niques, des barbecues, des piqûres de moustique et des coups de soleil, et avec lui, dans le petit monde littéraire d’internet,  le moment des Summer PAL et des challenges estivaux. Les articles du type « 5 romans à lire cet été » ou « Le top 10 des livres à feuilleter sur la plage » fleurissent dans ma timeline plus vite que les marguerites dans mon jardin, et j’ai décidé de succomber moi aussi à la tendance en vous proposant aujourd’hui un billet pour discuter de ces « lectures de vacances. » Quels livres nous propose-t-on dans ce type de d’articles ? Quels romans associe-t-on à l’idée de détente, de « lecture plaisir », et ce concept même est-il valable? Et pour la touche personnelle : quels livres vais-je mettre dans ma valise cet été?

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The Buffy Review – Saison 1, épisode 6: thérianthropie, bullying et tentative de viol

Cela faisait un petit moment que je n’avais pas publié ici, et je suis très heureuse de vous retrouver pour ce nouvel épisode de The Buffy Review, où nous allons décortiquer l’épisode 6, The Pack (La meute en français), qui est, à mon sens, l’un des plus intéressants et des plus sombres de cette première saison. On y croise des hyènes, des adolescents désagréables, un gardien de zoo sacrément allumé et un mignon petit cochon. En espérant que ce programme vous tente, lançons-nous dans l’analyse!

Tout commence lors d’une sortie scolaire au zoo de Sunnydale, au cours de laquelle nous faisons la connaissance d’un charmant groupe de quatre harceleurs.ses qui essaient de se moquer de Buffy avec des punchlines assez minables (il faut dire que c’est assez dur de battre notre chère Tueuse dans ce domaine.) Comme ces quatre trublions ne sont pas nommés une seule fois au cours de l’épisode, je me contenterai de les appeler « les bullies », et je suis sûre que vous me pardonnerez gentiment cette énième incursion du franglais sur le blog 😉

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Qu’est-ce qu’un « roman de gare »?

Le voici, le voilà! Sonnez hautbois, résonnez trompettes! L’article sur les best-sellers / romans de gare annoncé il y a des mois sur Instagram est enfin arrivé. Enthousiasme.

Celleux qui me connaissent savent bien que cette année, j’ai passé beaucoup, beaucoup de temps dans les gares, et notamment à la Gare du Nord. Celle-ci étant en plein travaux, la seule solution de repli pour ne pas attendre son train debout sous un panneau lumineux est d’aller traîner au Relai et de regarder les livres. C’est ainsi que je me suis aperçue que je n’avais lu, en fin de compte, quasiment aucune des œuvres présentées dans les rayons « meilleures ventes. » Ma curiosité naturelle a fait le reste: que sont, en vérité, les fameux « romans de gare » dont on entend si fréquemment parler comme s’il s’agissait d’un genre littéraire bien défini? De quel bois sont faits ces bouquins censés offrir, d’après l’acception courante, un divertissement facile? Je n’en savais rien. Je me suis donc lancée de le projet de lire plusieurs romans exclusivement trouvés dans les rayons « meilleures ventes » des gares que j’ai fréquentées ces derniers mois (Paris-Nord, Arras, Lille, Paris-Est.) Je ne peux bien entendu pas prétendre avoir fait une enquête exhaustive, mais j’espère que cet article présentera malgré tout quelques éléments de réponse à la question ultime: qu’est-ce qu’un roman de gare (suis-je la seule à me la poser?)

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Les confessions d’une sérievore, épisode 2: ces séries que j’adore détester

Tout bon sérievore a une au moins une série qu’il continue à regarder tout en la critiquant incessamment dès que l’occasion s’en présente. Fait-il semblant de la détester pour se donner l’air intelligent/hipster/non-conformiste (barrez toute mention inutile)? Ou a-t-il simplement une capacité de résistance incroyable au déplaisir télévisuel? Je ne saurais répondre pour tous les autres sérievores, mais dans mon cas, je dois admettre qu’il y a une vraie satisfaction à détester, décortiquer et critiquer méthodiquement, point par point, une œuvre de fiction déplaisante. Il m’est donc arrivée régulièrement de continuer à regarder des séries que je considérais comme authentiquement mauvaises pour la simple joie perverse de monter dans ma tête une argumentation assassine. Sacré vice!

Je m’emploierai donc aujourd’hui à vous en dire un peu plus sur ces séries que je prends un malin plaisir à calomnier avec une tasse de rooibos!

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The Buffy Review – Saison 1, épisode 5: gender, funérarium et rendez-vous manqué

Bonjour à tous.tes! On se retrouve aujourd’hui pour un nouvel article de The Buffy Review, avec un épisode très intéressant sur les identités de genre!

L’épisode commence par une scène de combat nocturne: Buffy, comme souvent, « patrouille » dans les cimetières afin de tuer des vampires, en compagnie de Giles qui commente sa technique. Mais cette fois-ci, quelque chose les interpelle: le vampire en question porte une bague ornée d’un étrange symbole, un soleil et trois étoiles. Comme on l’apprendra bientôt, il s’agit du signe de l’Ordre d’Aurelius, sorte de secte vampirique dédiée à la protection d’un élu puissant, « The Anointed One. » Vous l’aurez compris: tout cela ne présage rien de bon! Mais Buffy, dans cet épisode, a d’autres soucis en tête: elle a fait la connaissance d’un garçon, nommé Owen, qui lui plaît particulièrement, et souhaite sortir avec lui au lieu d’enquêter

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Les confessions d’une sérievore, épisode 1: ces séries que j’ai revues (bien trop) souvent

Celles et ceux qui me suivent sur les réseaux sociaux le savent peut-être: je vous concocte plusieurs articles qui nécessitent un certain nombre de lectures et de recherches avant de pouvoir être écrits, et qui vont donc me prendre un peu de temps. Du coup, afin de ne pas laisser le blog à l’abandon trop longtemps, j’entreprends aujourd’hui de me lancer dans une petite série de billets plus « légers », Les confessions d’une sérievore, dans lesquels je vous parlerai à chaque fois de trois séries tout au plus, et que j’essaierai d’intercaler entre les chroniques sur Buffy (que j’aime toujours autant rédiger même si elles font partie de mes publications les moins lues.) Aujourd’hui, pour inaugurer la rubrique, je m’apprête à vous parler de ces séries mille fois revues, de l’automne à l’été, du petit déjeuner à la tisane nuit tranquille. Il ne s’agit en rien d’un plaisir nostalgique, puisque ayant grandi dans un foyer sans télévision, je n’ai découvert les séries qu’une fois adulte avec l’avènement du streaming. Il s’agira donc dans cet article de vous parler des fictions télévisuelles qui peuplent régulièrement mon écran depuis quelques années seulement, mais que je connais déjà quasiment par cœur et qui ne parviennent pas à me lasser.

Une petite précision avant de commencer: j’emprunte le terme de sérievore (plus amusant que sériephile!) à la chaîne Youtube Les Showrunners, que j’apprécie tout particulièrement, et qui m’a fait découvrir beaucoup de séries vers lesquelles je ne me serais jamais tournée spontanément (un grand merci s’ils passent par là!)

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The Buffy Review – Saison 1, épisode 4: virginité, virilité et cannibalisme sexuel

Je vous retrouve aujourd’hui pour la suite de The Buffy Review: et je m’attaque au quatrième épisode, à proscrire pour les entomophobes!

On commence avec une scène pour le moins surprenante: Xander, notre comic release sans réelle aptitude au combat, terrasse des vampires lors d’une soirée au Bronze, devant une Buffy toute énamourée. Il s’agit bien évidemment d’un rêve de Xander, assoupi lors d’un cours de biologie. Le spectateur n’en est certes qu’au tout début de la série, mais il a déjà compris que dans Buffy, les demoiselles ne sont que très rarement en détresse, et qu’elles sont tout à fait capables de se sauver toutes seules. Revenu à la réalité, Xander soupire devant une leçon sur les insectes. Quant à Buffy, elle reçoit, non sans surprise, les encouragements de son professeur, le Dr. Gregory, le premier enseignant à faire preuve de bienveillance à son égard. Pas de bol: on le voit se faire attraper par une créature verdâtre juste avant le générique, et son cadavre décapité sera bientôt retrouvé dans l’établissement.

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Classiques et « mauvais genres »: l’établissement d’un canon littéraire, des bancs de la fac à Booktube

Récemment, Le Parisien a publié un article qui a fait bondir la twittosphère : Salon du Livre Paris: des inconnues devenues stars grâce aux réseaux sociaux. Je vous laisse aller lire le billet si cela vous chante, mais soyez prévenu.e.s, e ne sera probablement pas sans grincements de dents, car on y retrouve une critique extrêmement condescendante de Booktube et de Wattpad, mâtinée de mépris pour les littératures de l’imaginaire, pour young adult, et pour les lectrices en général (car oui, l’article est aussi très sexiste.) Un texte d’autant plus horripilant qu’il effectue des confusions nombreuses (Booktube/Wattpad), propose des définitions bancales montrant une profonde méconnaissance du sujet (notamment en ce qui concerne la dystopie) et dénigre Robin Hobb de façon complètement gratuite (et sans aucun lien avec le thème abordé.) Et je ne vous parlerai même pas des maladresses stylistiques (comme quoi, avoir lu Sagan ne garantit pas de savoir s’exprimer dans un français correct.)

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L’hypocrisie du marketing féministe de Godless

C’est avec enthousiasme que j’ai appris, il y a quelques mois, la future sortie de Godless, le « western au féminin » réalisé par Scott Frank pour Netflix. Le pitch de départ, colporté par les différents médias, nous promettait une série féministe du tonnerre: une petite ville, La Belle, subitement privée de sa population masculine par un accident survenu à la mine, devait faire face à l’adversité et se reconstruire grâce à ses femmes. Sur papier, la série paraissait prometteuse. Pourtant, quand j’ai enfin eu l’occasion de la regarder, un vague goût de déception m’a empli la bouche. Mon engouement est retombé comme un soufflé, et pour être tout à fait honnête, je me suis même endormie quelques fois. Je n’ai pas compris immédiatement d’où venait cette déconvenue. Un western féministe, ça avait tout me plaire, n’est-ce pas? Était-ce moi, le problème? Spoiler: non.

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